À PROPOS DU PLAN BLEU
En 1976, les pays méditerranéens et la Communauté européenne ont adopté la Convention de Barcelone afin de protéger l’environnement marin et côtier, plaçant ainsi la durabilité au cœur de la coopération régionale. Créé en 1977 par la France, le Plan Bleu est l’un des Centres d’Activités Régionales du Programme des Nations Unies pour l’Environnement / Plan d’Action pour la Méditerranée (PNUE/PAM), opérant dans le cadre de la Convention de Barcelone pour la protection du milieu marin et du littoral méditerranéen. Le Plan Bleu accompagne les pays méditerranéens dans la promotion du développement durable à travers des études prospectives, des recherches orientées vers les politiques publiques, l’élaboration de scénarios et des recommandations stratégiques portant sur les principaux défis environnementaux, sociaux et économiques de la région.
Dans le cadre de sa mission visant à promouvoir des politiques fondées sur des données probantes et à renforcer la coopération régionale, le Plan Bleu lance régulièrement des appels à contributions sur des enjeux majeurs de durabilité affectant la Méditerranée. Ces initiatives ont pour objectif de stimuler l’innovation intellectuelle, de renforcer le dialogue entre science et politiques publiques et de soutenir l’élaboration de solutions opérationnelles adaptées aux contextes méditerranéens.
Le présent appel à contributions porte sur le rôle des Solutions fondées sur la Nature (SfN) et des Solutions fondées sur la Culture (SfC) dans l’amélioration de la santé humaine et le renforcement de la résilience climatique dans les territoires méditerranéens. Il vise à mobiliser chercheurs, praticiens et experts travaillant à l’interface entre adaptation climatique, santé publique, aménagement urbain et territorial, restauration des écosystèmes et gouvernance environnementale.
Au total, 11 articles seront sélectionnés et financés dans le cadre de cet appel, dont 2 spécifiquement consacrés au financement des SfN et SfC urbaines à travers des mécanismes de financement mixte (« blended finance »).
INTRODUCTION
La région méditerranéenne est reconnue comme l’un des principaux points chauds climatiques mondiaux, avec un réchauffement 20 % plus rapide que la moyenne mondiale. L’augmentation des températures, les sécheresses prolongées, les événements climatiques extrêmes combinés, les crues soudaines, la raréfaction de l’eau, la dégradation de la biodiversité, les incendies de forêt et les pressions urbaines croissantes affectent déjà les écosystèmes, les économies et le bien-être humain dans l’ensemble du bassin méditerranéen (GIEC, 2022).
Cette vulnérabilité est étroitement liée aux dynamiques démographiques de la région : les taux d’urbanisation en Méditerranée dépassent la moyenne mondiale, avec près de 150 millions de personnes — soit les deux tiers de la population côtière totale — vivant aujourd’hui dans des centres urbains côtiers en forte croissance. Les métropoles côtières du sud de la Méditerranée, telles qu’Alexandrie, qui compte 6,5 millions d’habitants et dont l’expansion urbaine non réglementée a augmenté de près de 47 % au cours des deux dernières décennies, illustrent parfaitement ces risques démographiques et environnementaux cumulés. Les villes méditerranéennes sont donc particulièrement vulnérables en raison de leur forte densité de population, de leur compacité et du vieillissement de leur population.
Ces impacts devraient s’intensifier dans les décennies à venir, avec des conséquences disproportionnées pour les populations vulnérables, les zones côtières menacées par l’élévation du niveau de la mer et l’érosion côtière, ainsi que les régions urbaines densément peuplées. En particulier, le phénomène d’îlot de chaleur urbain (ICU) présente de graves risques sanitaires, aggravant la mortalité et la morbidité liées à la chaleur lors des épisodes de fortes chaleurs et de canicules de plus en plus fréquents. Des évaluations récentes des impacts sanitaires dans les villes européennes et méditerranéennes montrent que le réchauffement urbain augmente significativement les décès évitables durant l’été, tandis que l’augmentation de la couverture arborée urbaine et des infrastructures bleu-vertes pourrait considérablement rafraîchir les environnements urbains et prévenir des décès prématurés.
Parallèlement, un nombre croissant de travaux scientifiques démontre que les Solutions fondées sur la Nature (SfN) peuvent jouer un rôle majeur dans la résolution des défis environnementaux, climatiques et sanitaires interconnectés. Les SfN sont des interventions systémiques et économes en ressources visant à protéger, restaurer, gérer durablement et améliorer les écosystèmes naturels et modifiés, tout en générant simultanément des bénéfices sociaux, économiques et environnementaux multifonctionnels (Cohen-Shacham et al., 2016).
Ces solutions sont particulièrement rentables comparées aux infrastructures traditionnelles dites « grises », en proposant une approche systémique de l’adaptation urbaine intégrant les processus naturels dans l’environnement bâti à différentes échelles (de l’enveloppe des bâtiments aux paysages régionaux). Les SfN sont de plus en plus reconnues comme des approches efficaces pour l’adaptation climatique et la résilience urbaine, tout en soutenant la biodiversité et le bien-être humain.
En outre, aux côtés des SfN, l’architecture urbaine et les Solutions fondées sur la Culture (SfC) doivent être intégrées afin de proposer une adaptation climatique holistique et culturellement appropriée. Cette approche est particulièrement cruciale sur la rive sud de la Méditerranée, où les chaleurs extrêmes, les sécheresses prolongées et la pénurie d’eau affectent fortement la croissance de la végétation et la viabilité des infrastructures exclusivement végétalisées. Dans ce contexte, l’intégration des savoirs écologiques traditionnels (Traditional Ecological Knowledge – TEK) et de l’architecture vernaculaire est essentielle pour garantir la pérennité des infrastructures vertes.
Plus spécifiquement, dans les contextes urbains et territoriaux, les SfN comprennent des interventions telles que les forêts urbaines, la restauration des zones humides, les toitures végétalisées, les surfaces perméables, les noues paysagères (« bioswales »), la restauration des écosystèmes côtiers, l’agriculture urbaine, les corridors écologiques et les systèmes d’infrastructures bleu-vertes. Ces approches peuvent contribuer à l’adaptation et à l’atténuation du changement climatique tout en améliorant la qualité de l’air, réduisant les effets d’îlot de chaleur urbain, renforçant la biodiversité, améliorant la santé mentale et physique, soutenant la cohésion sociale et augmentant la résilience face aux risques climatiques (Kabisch et al., 2016 ; Frantzeskaki, 2019).
Des recherches récentes soulignent également que les SfN génèrent de multiples co-bénéfices dépassant largement la seule performance environnementale. Elles peuvent favoriser l’inclusion sociale, améliorer les espaces publics, renforcer le bien-être communautaire, consolider la gouvernance locale et contribuer à des territoires plus résilients et plus vivables (Frantzeskaki, 2019 ; Kabisch et al., 2017).
Cependant, malgré une attention politique croissante et une mise en œuvre de plus en plus répandue dans les villes et régions méditerranéennes, d’importantes lacunes de connaissances subsistent concernant :
- les impacts sanitaires à long terme et la résilience biopsychosociale des SfN ;
- les méthodologies permettant d’évaluer les synergies et arbitrages entre atténuation et adaptation climatique ;
- la gouvernance, les mécanismes de financement et les analyses comparatives coûts-bénéfices vis-à-vis des infrastructures grises ;
- les dimensions d’équité sociale, de justice environnementale et d’accessibilité ;
- l’entretien à long terme, les besoins en irrigation dans les climats arides et le suivi ;
- la transférabilité et la montée en échelle des interventions réussies dans divers contextes méditerranéens.
Par ailleurs, les territoires méditerranéens présentent des conditions climatiques, écologiques, socio-économiques et institutionnelles très contrastées, allant des zones arides et semi-arides aux villes côtières, régions montagneuses, zones humides, îles et deltas. Cette diversité fait de la région un laboratoire particulièrement pertinent pour étudier la manière dont les SfN peuvent soutenir la résilience climatique et la santé publique dans des contextes environnementaux et de gouvernance variés.
Dans ce contexte, le Plan Bleu lance cet appel à contributions afin d’encourager des recherches rigoureuses, interdisciplinaires et utiles aux politiques publiques, explorant le rôle des Solutions fondées sur la Nature et des Solutions fondées sur la Culture dans la promotion de sociétés méditerranéennes plus saines et plus résilientes face au changement climatique.
OBJECTIFS DE L’APPEL
L’objectif de cet appel à contributions est de soutenir des travaux de recherche et des analyses de politiques publiques de haute qualité examinant la manière dont les Solutions fondées sur la Nature et les Solutions fondées sur la Culture peuvent contribuer à améliorer les résultats sanitaires et à renforcer la résilience climatique dans les villes méditerranéennes.
Une priorité majeure de cet appel consiste à combler les lacunes géographiques actuelles en matière de connaissances, en encourageant fortement les recherches portant sur les rives sud et est de la Méditerranée, ainsi que les analyses comparatives interrégionales (par exemple Nord-Sud ou Est-Ouest), afin de garantir une compréhension globale à l’échelle du bassin méditerranéen.
Les articles sélectionnés alimenteront directement une initiative plus large du Plan Bleu comprenant :
- un ouvrage collectif Plan Bleu/PNUE-PAM rassemblant les connaissances produites sur l’impact des infrastructures vertes urbaines (SfN) et de l’architecture urbaine (SfC) sur la santé et la résilience climatique dans les villes méditerranéennes ;
- un atelier régional en ligne visant à présenter et discuter l’étude technique avec des experts nationaux et à explorer des stratégies de mise en œuvre d’infrastructures vertes urbaines favorisant la résilience climatique et la santé.
Plus précisément, cet appel vise à :
- Identifier et évaluer les co-bénéfices sanitaires, environnementaux, sociaux et économiques des SfN ;
- Analyser la contribution des SfN à l’adaptation et à la résilience climatiques ;
- Étudier les défis de gouvernance, de financement et de mise en œuvre ;
- Documenter les bonnes pratiques et les enseignements tirés dans différents contextes méditerranéens ;
- Soutenir l’élaboration de politiques publiques fondées sur des données probantes et la planification territoriale ;
- Favoriser le dialogue régional et le partage de connaissances entre chercheurs, praticiens et décideurs.
PRIORITÉS THÉMATIQUES
1. Solutions fondées sur la Nature et santé publique
Les avantages des SfN et leur impact sur la santé sont de plus en plus reconnus dans nos sociétés, notamment à travers les adaptations urbaines telles que la végétalisation des rues et des parcs, qui améliorent la santé des citoyens (Castelo et al., 2023).
Les articles pourront notamment explorer :
- les impacts des SfN sur la santé physique et mentale ;
- la réduction du stress thermique et l’atténuation des effets d’îlot de chaleur urbain ;
- l’amélioration de la qualité de l’air ;
- l’accès des populations aux espaces verts et bleus ;
- la manière dont le contact avec la nature renforce la « résilience biopsychosociale ».
Les travaux évaluant le confort thermique dynamique à l’aide d’indicateurs spatiaux haute résolution, tels que la Température Physiologique Équivalente (PET), dans des environnements urbains denses, sont particulièrement encouragés.
2. Solutions fondées sur la Nature et résilience climatique
Les contributions pourront examiner comment les SfN renforcent l’adaptation climatique et la résilience des villes méditerranéennes face aux pressions environnementales croissantes.
Les sujets incluent notamment :
- la lutte contre les vagues de chaleur ;
- la gestion des sécheresses et de la pénurie d’eau ;
- la gestion des inondations et des eaux pluviales ;
- les systèmes de drainage urbain durable (SuDS) ;
- les concepts de « ville éponge » ;
- la prévention des incendies de forêt ;
- la restauration des écosystèmes côtiers.
Les perspectives comparatives et les approches hybrides combinant infrastructures vertes et infrastructures grises sont particulièrement encouragées.
3. Gouvernance, participation et équité sociale
Cette thématique porte sur les dimensions sociales, institutionnelles et de gouvernance des SfN, avec une attention particulière portée à la participation, l’inclusion et l’équité.
Les contributions pourront analyser :
- les modèles de gouvernance participative ;
- les mécanismes de coordination institutionnelle ;
- la justice environnementale ;
- l’accessibilité aux infrastructures vertes et bleues ;
- les risques de spéculation foncière, de greenwashing et de gentrification verte ;
- les laboratoires urbains vivants (« Urban Living Labs »).
4. Méthodes d’évaluation, indicateurs et suivi
Les contributions pourront porter sur :
- les méthodologies d’évaluation des impacts sanitaires et climatiques des SfN ;
- les cadres de suivi ;
- la valorisation des services écosystémiques ;
- les analyses coûts-bénéfices ;
- les analyses spatiales et SIG ;
- les modélisations microclimatiques (ENVI-met) ;
- les évaluations d’impact sur la santé (HIA) ;
- les analyses du cycle de vie (ACV/LCA).
5. Études de cas méditerranéennes et perspectives comparatives
Les contributions pourront inclure :
- des études de cas locales ou régionales ;
- des analyses comparatives entre pays, villes, villages ou communautés ;
- des initiatives de coopération transméditerranéenne ;
- des approches intégrant infrastructures vertes urbaines et architecture vernaculaire méditerranéenne.
Une attention particulière sera portée aux études menées sur la rive sud de la Méditerranée.
6. Financement des Solutions fondées sur la Nature et la Culture : le rôle du financement mixte
(Remarque : exactement 2 des 11 articles sélectionnés porteront sur ce sous-thème.)
Les contributions devront analyser :
- les modèles de financement alternatif ;
- les partenariats public-privé verts ;
- les obligations vertes ;
- les obligations à impact environnemental ;
- les plateformes de financement participatif ;
- les critères ESG ;
- les enjeux de valorisation économique des bénéfices non marchands.
TYPES DE CONTRIBUTIONS ATTENDUES
Le Plan Bleu accueille une large gamme de contributions combinant rigueur scientifique, pertinence politique et applicabilité pratique :
- articles académiques ;
- analyses orientées politiques publiques ;
- études interdisciplinaires ;
- études de cas territoriales ;
- expériences opérationnelles et appliquées.
Les approches qualitatives, quantitatives et mixtes sont encouragées.
ÉLIGIBILITÉ
L’appel est ouvert :
- aux chercheurs ;
- universitaires ;
- praticiens ;
- consultants ;
- institutions publiques ;
- organisations de la société civile ;
- experts travaillant sur les SfN, la résilience climatique, la santé publique, le développement urbain durable et la restauration des écosystèmes dans les pays méditerranéens membres du PNUE/PAM.
Pays éligibles :
Albanie, Algérie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Chypre, Égypte, France, Grèce, Israël, Italie, Liban, Libye, Malte, Monaco, Monténégro, Maroc, Slovénie, Espagne, République arabe syrienne, Tunisie et Türkiye.
LIVRABLES
Les auteurs sélectionnés devront soumettre :
- une première version de l’article (15 à 20 pages) ;
- une version finale révisée intégrant les commentaires du comité de lecture ;
- une note de synthèse (« policy brief ») résumant les principaux résultats et recommandations.
Les articles devront être rédigés en anglais.
RÉMUNÉRATION
Au total, 11 articles seront financés.
Chaque article recevra une rémunération brute de 2 000 € :
- 30 % à la signature du contrat ;
- 30 % à la remise de la première version ;
- 40 % après validation finale et avis positif du comité de lecture.
CRITÈRES DE SÉLECTION
Les propositions seront évaluées selon :
- la clarté et la cohérence de la proposition ;
- la pertinence par rapport aux objectifs de l’appel ;
- la qualité scientifique et l’originalité ;
- la pertinence politique et opérationnelle ;
- la faisabilité méthodologique ;
- la qualité de la bibliographie indicative.
Une attention particulière sera portée aux dimensions transversales :
résilience climatique, santé publique, gouvernance, équité sociale, restauration des écosystèmes et durabilité territoriale.
PROCESSUS DE SOUMISSION
Les candidats doivent soumettre avant le 10 juillet 2026 :
Une note conceptuelle détaillée (5 à 7 pages) comprenant :
Page de couverture :
- résumé du projet ;
- objectifs ;
- lacunes scientifiques ciblées ;
- méthodologie ;
- résultats attendus ;
- implications politiques régionales.
Informations sur les auteurs :
- nom ;
- affiliation ;
- coordonnées ;
- adresse ;
- thème traité.
Contenu principal :
- problématique de recherche ;
- revue de littérature ;
- méthodologie ;
- résultats attendus ;
- recommandations politiques.
Documents complémentaires :
- CV des auteurs ;
- liste des publications ;
- documents administratifs requis selon le pays de résidence.
CALENDRIER
- 10 juillet 2026 : date limite de soumission des notes conceptuelles ;
- Mi-juillet 2026 : évaluation et sélection ;
- Fin juillet 2026 : annonce des projets retenus ;
- 13 novembre 2026 : remise de la première version ;
- Décembre 2026 : atelier régional en ligne ;
- 26 mars 2027 : remise de la version finale ;
- Été 2027 : publication dans l’ouvrage collectif du Plan Bleu.
UTILISATION DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
Clause 1 – Usage encadré de l’intelligence artificielle
Le prestataire est autorisé à utiliser des outils d’intelligence artificielle générative uniquement à des fins d’assistance :
- structuration ;
- brainstorming ;
- exploration documentaire ;
- optimisation rédactionnelle.
L’IA ne peut en aucun cas remplacer :
- l’analyse scientifique ;
- la vérification des sources ;
- l’expertise humaine.
Clause 2 – Responsabilité et transparence
Le prestataire demeure entièrement responsable :
- de la qualité ;
- de l’exactitude ;
- de la fiabilité ;
- de la cohérence des livrables.
Toute utilisation d’IA doit être explicitement déclarée.
Clause 3 – Responsabilité qualité
Le consultant reste seul responsable :
- de l’originalité ;
- de la vérification ;
- de la qualité professionnelle des contenus produits.
Clause 4 – Non-conformité
En cas de non-respect :
- le client pourra exiger une révision sans frais ;
- ou résilier le contrat en cas de manquement grave.
CONTACT
Pour toute question relative à cet appel à contributions, veuillez contacter :
- Éloïse Leguérinel — [email protected]
- Pilar Montaner Pastor — [email protected]